Le 1 Octobre, 2025| MALAYSONE “MALY” LY

Être la première petite-fille, c’est d’abord recevoir une adoration sans limites. Puis, peu à peu, sentir ce rôle se transformer en devoir : garder la paix, montrer l’exemple, porter les silences des générations avant nous.

Dans cet épisode, j’explore comment l’amour de ma grand-mère s’est mêlé à ses attentes, et comment cet héritage, souvent lourd, est aussi devenu une boussole. Un récit sur la mémoire, la survie et la manière dont les femmes hmong nous ont appris à tenir debout.

Pour écouter l’épisode complet, cliquez ci-dessous 👇

<aside> 🎙️ [Nanej – Épisode 2 sur Spotify]

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💌 Lettre d’ouverture

Ă€ ma future fille,

Et à toutes celles qui sont nées les premières.

Les premières avant leurs frères et sœurs. Les premières avant que le deuil ne soit nommé. Les premières avant que la culture puisse être expliquée.

Tu n’as pas seulement hérité de l’amour. Tu as aussi hérité du devoir.

Comme la plupart des mères Hmong attendent de leurs filles. Nous sommes élevées comme leurs extensions: un reflet de leur éducation, de leur fierté, de leur valeur. Être une “bonne” fille, c’est les honorer. Obéir. Porter leurs sacrifices dans le monde comme la preuve que rien n’a été fait en vain.

Mais cette histoire n’est pas seulement celle d’une fille et de sa mère. C’est l’histoire de moi et de ma grand-mère. De la façon dont notre relation est passée d’une adoration sans fin à un lien tissé d’attentes et de devoir. Et de la manière dont cette responsabilité m’a parfois semblé injuste… jusqu’au jour où j’ai compris qu’à l’intérieur, il y avait aussi sa croyance en moi : que je pouvais porter non seulement moi-même, mais aussi les autres.

Cet épisode, je veux le lui dédier. Parce que ma grand-mère, ma dernière grand-parent vivante, peine à se remettre d’une opération du genou cette année.

🎋 Héritage

Je n’ai pas été la première petite-fille des deux côtés de ma famille, seulement du côté de ma mère.

Et ma niam tais a toujours fait partie de ma vie. Elle est ma dernière grand-mère en vie. Chaque fois que nous sommes ensemble, elle aime se rappeler mes premiers souvenirs : nos nuits passées à regarder Le Roi Lion ou Mary Poppins en boucle parce que je refusais d’aller au lit.

Quand je suis revenue vivre en France, je passais mes étés avec elle, voyageant souvent en train.

Elle préparait toujours mes plats préférés, comme si l’amour pouvait se servir dans une assiette.

À ses yeux, je ne pouvais rien faire de mal. Son amour était sans limite, sans condition.

À l’époque, être la première petite-fille voulait dire une seule chose : adoration.